AccueilAccès réservéActualitéLiensIFGT, Le blogPlan du site

Edition Exprimerie

couverture26.jpg
[01/06/2009] XI° Congrès International de Gestalt-thérapie, Madrid 1-2-3 mai 2009
Il y a deux ans, à Cordoba (Argentine), il y eut cette confrontation de la part de Claudio Naranjo contre la théorie du self, les postulats phénoménologiques et contre Jean-Marie Robine. Il ne faut pas oublier non plus que les gestaltistes d’Espagne appartiennent en majorité à la gestalt dite californienne, introduite par Claudio Naranjo. Donc le contexte était un contexte difficile pour les trois personnes de l’équipe de l’IFGT qui sont intervenues : Elvira Dueñas, Ximo Tárrega et Jean-Marie Robine. Heureusement pour nous, nous avons été accompagnés par d’autres défenseurs de la théorie du champ, tels que Margherita Spagnuolo-Lobb, Gordon Wheeler ou Dan Bloom.

 


Le Congrès a été très intéressant, autant pour les activités prévues par l’organisation que pour la qualité de beaucoup des activités. Les données du Congrès sont aussi significatives de la répercussion de l’événement : 25 pays représentés, 700 inscrits, 12 invités spéciaux, 106 activités (conférences, tables rondes, lectures), 10 posters, 14 salles, 20 interprètes…
Les invités sont d’une grande réputation dans le monde de la Gestalt-thérapie. Pour l’Espagne, Albert Rams, membre fondateur de la AETG. Pour l’Argentine, Marta Fischman Slemenson. Pour les États-Unis, Dan Bloom, Ruella Frank, Violet Oaklander, Erving Polster, Gordon Wheeler. Pour l’Italie, Antonio Ferrara et Margherita Spagnuolo Lobb. Par la France, Serge Ginger y Jean-Marie Robine. Pour le Mexique : Myriam Muñoz Polit.
Il y avait d’autres invités significatifs, mais il serait trop long de tous les énumérer. Je vous conseille donc de visiter le site http://www.xicongresointernacionalgestalt.org.


Les langues officielles du Congrès étaient l'Anglais et l'Espagnol. Il est important pour moi de le souligner parce qu'elles ont, effectivement, été « les deux » langues officielles puisque toutes les activités avaient un interprète. Dans d'autres Congrès, il n’y avait un interprète que pour les interventions en plénière.

Le Congrès a commencé le 30 mai avec la Conférence d'ouverture assurée par Margherita Spagnuolo Lobb, qui a parlé des différences qui nous ont historiquement séparés, différences qu'elle a centrées sur les figures de Paul Goodman et Fritz Perls. Elle a préconisé un rapprochement vers le paradigme postmoderne qui, dans la Gestalt- thérapie, est représenté par la théorie du self. Il faut indiquer que cette proposition n'a pas été bien reçue par des représentants du courant Perlsien, qui a entendu les mots de Margherita comme des critiques subtiles à leur égard.
Et pourtant le Congrès s’est développé de manière fluide et enrichissante, en même temps qu'une atmosphère électrique était présente à d'autres moments. L'organisation avait prévu ce qu’on a appelé processus de groupe : dans cette activité, les participants du Congrès étaient distribués, de manière aléatoire, dans 47 groupes qui se réunissaient deux fois par jour, une fois au début de la journée et une autre à la fin de celle-ci. Dans ces groupes, on parlait de ce qui était vécu par chaque participant pendant la journée ; ceci permettait l’échange d'impressions entre inconnus, et rendait possible que des personnes qui ne s'approcheraient pas les unes aux autres soient connues. Ça a été une activité qui a définitivement impliqué aux participants, comme nous le verrons après.

Pendant les quatre jours, la théorie du champ et le point de vue phénoménologique s’introduisaient après des participants, tant de manière expérientielle, à travers l'activité que je viens de mentionner, qu’au travers des apports de conférenciers comme Myriam Muñoz, Gordon Wheeler, Yaqui Andrès entre autres. Nous avons créé de manière très intense et explicite une théorie plus humaine, comme disait Myriam, face aux défenseurs de l'autosuffisance. Le virus de l'aspect communautaire de l'être humain s’étendait.
De manière spéciale, il faut signaler la participation des membres de l’équipe de l’IFGT qui étaient présents : Jean-Marie Robine, Elvira Dueñas et le Groupe ‘self’ (composé par d'anciens élèves de la formation de l'IFGT en Espagne) et celui qui écrit, Ximo Tárrega.

Le Groupe Self, composé de douze thérapeutes qui dans leur majorité ont reçu leur formation à l'I.F.G.T, a présenté le samedi matin, un atelier théorique et pratique dont le titre était : « Qu'est-ce qu'est ce qui est thérapeutique en gestalt-thérapie » ?

Les personnes qui ont assisté à l'atelier ont indiqué, entre autres choses, que c'était le seul atelier du congrès coordonné par un groupe et que cela donnait envie de voir un groupe partager son expérience comme groupe de formation permanente.

Le contenu de l'atelier avait pour but de partager la réflexion des derniers mois du groupe à propos de ce qui est spécifiquement thérapeutique en gestalt-thérapie, de voir la cohérence ou non de nos interventions thérapeutiques dans la pratique quotidienne avec notre théorie de base. Après une brève exposition théorique, ils ont invité le groupe de participants à effectuer une micro-séquence dans de petits groupes à partir d'une règle de travail pour thérapeutes, patients et observateurs. Le groupe self s’était réparti dans les petits groupes pour donner de l'assistance supplémentaire. Aspect qui a attiré l'attention des participants, et qu'ils ont positivement évalué. À partir de cette pratique, et en utilisant comme matériel de travail les contributions des participants, Elvira Dueñas a tissé les réflexions que livraient les participants, en permettant d'interroger ce qu'il y avait de spécifique de la gestalt-thérapie dans leurs interventions. Un des objectifs de cette seconde partie de l'atelier était de travailler avec les participants, en utilisant in situ quelque chose de la méthodologie de recherche des processus de modification en psychothérapie. Cet aspect a été spécialement intéressant pour les participants parce que, bien qu’il se soit agi d’une méthodologie de recherche, en l'utilisant d'une manière complètement adaptée au travail d'analyse des interventions que nous effectuons en thérapie, il s'est avéré nouveau et a excité quelques participants qui après l'atelier, ont montré leur intérêt pour cet aspect.

Celui qui écrit ces lignes a animé un atelier théorique clinique intitulé : « La honte dans la situation thérapeutique ». Mon objectif était de faire connaître la honte et ses réactions de défense ; j’ai utilisé les apports des gestalt thérapeutes qui ont écrit sur ce thème (L. Jacobs, G. Yontef, R. et M. Fuhr, R. Lee, G. Wheeler, C. Garrivet, J.-M. Robine…) Ainsi que des auteurs non-gestaltistes (Kaufman, de Gaulejac et autres…). Je voulais montrer comment le paradigme individualiste nourrit la honte, chose que j'ai vécue dans ma formation ‘californienne’. Je voulais aborder aussi comment les thérapeutes peuvent être exposés en permanence aux exigences d'excellence de notre formation, au sentiment d’inadéquation et d’humiliation par des superviseurs, formateurs etc. Et j’avais envie finalement montrer dans un Congrès où la majorité du public suit une pratique qui provient du Perls d'Esalen par le biais de Claudio Naranjo, une approche différente de la relation thérapeutique. J'ai montré l'importance qu’il y a à considérer la honte de la situation et à l'aborder comme telle. Beaucoup de gens se sont intéressés à l'atelier puisqu’il y avait un peu plus de 100 participants et, d'après les questions et les observations de la fin, ainsi que par les applaudissements soutenus, l'atelier a reçu un excellent accueil. J'ai ensuite eu des feedbacks dans les couloirs qui m'ont paru trop importants (provocateurs de honte ?), parce qu'il y a eu des gens qui ont dit qu'était une des meilleures activités qu’ils avaient vue du Congrès.

Et je garde pour la fin la Conférence de Clôture : le choix de Jean-Marie Robine pour cette conférence a été un pari très risqué de la part de la présidente du congrès Carmen Vázquez, puisque l'Espagne est un territoire fondamentalement occupé par la figure de Claudio Naranjo et de ses disciples. Pesait dans l'atmosphère le boycott dont a souffert le congrès pendant ces deux années préparatoires et qui pouvait se transformer en sabotage pendant son déroulement. Mais Jean-Marie a donné aux participants une conférence dans lequelle, de manière consciente, il avait écarté le terme ‘self’, qui provoque chez certains des réactions allergiques. Il a parlé de ces mêmes choses que ce qu'il défend depuis des années en utilisant des termes comme : le contact, de l'éprouvé à l'expérience : le corps, le champ et la situation, la temporalité, forme et formation de formes (l'émotion, le symptôme). Pour terminer avec une référence à la psychothérapie comme esthétique. Ceux qui suivent Jean-Marie depuis des années ont vu là un artiste qui créait de nouvelles pièces avec les mêmes éléments, des variations sur le même sujet qui pourtant n’est jamais le même sujet. Pour les 700 participants, ceci a dû être quelque chose de très important et nouveau puisque, debout, ils ont applaudi Jean-Marie sans relâche pendant plusieurs minutes. Un grand triomphe de Jean-Marie et de Carmen par son choix.

Le Congrès s’est terminé par un acte auquel tout le monde a pris part. Chacun des 47 groupes avait une pièce d'un puzzle qui représentait un coeur. Tous les groupes sont montés sur la scène, mettaient la pièce en place dans le puzzle et consacraient un mot ou des mots au reste, synthétisant ce qu'avait été pour eux le Congrès. Ça a été un acte de co-participation très importante qui s’est terminé avec une ovation de plusieurs minutes à l ‘égard de Carmen Vázquez, de nouveau tous debout pour récompenser tant d’efforts et de souffrances. Et en appréciant le travail effectué.

Une très belle expérience.

Ximo Tarrega