Merci, Christine...

Nous apprenons avec tristesse le décès de Christine Artiga, survenu brutalement le 26 mai dernier ... Christine, une ancienne étudiante de l’IFGT (promotion GT 25), et devenue gestalt-thérapeute accomplie en Dordogne ...
Pour lui rendre hommage, un texte très sensible qui montre combien sa présence a laissé une empreinte vivante, discrète et cependant essentielle, profondément humaine ;
texte que l’on doit à Benoît Magras, actuel étudiant en 3e cycle, qui nous prête ses mots à la fois intimes, intenses et délicats.

Chère Christine,
« Bonjour tendresse  », c’est l’exemplaire des cahiers de Gestalt qui trônait fièrement dans ton bureau les premières fois où l’on s’est rencontré.
Il a retenu mon attention, sa couverture était blanche et rouge. Mais pas de ce rouge tape à l’œil. Un rouge doux, tendre quoi. Et toi tu étais là, simple présence, présence incarnée ! Nom de Dieu, j’ai vite senti que ce corps était bien habité et qu’il y avait quelqu’un là-dedans, quelqu’une. J’avais trouvé à qui parler, avec qui rire et avec qui pleurer. On s’est d’ailleurs souvent surpris de nos connivences et de notre quarantaine d’années d’écart ! Mais on s’en foutait, la connexion était là, en haut débit.
Et ta tendresse à toi, Christine, on en parle ? Même quand tu parlais j’avais l’impression que c’était de la dentelle qui sortait de ta bouche.
J’avais la fougue de la jeunesse et tu avais la sagesse de celle qui a fait non seulement un énorme travail sur elle-même, mais qui a accompagné des centaines de personnes dans le tréfonds de leurs êtres. Car oui, je pense, tu ne faisais pas le travail à moitié, tu aimais la profondeur, et dans ces profondeurs nous nous sommes rejoints.
Nous nous sommes rejoints à des endroits où peu de fois je me suis senti rejoint. Tu avais cette lumière qui vient des profondeurs et tout le temps, tout le temps, tu as tenu cette flamme allumée pour toi et pour les autres, faisant de ta vie un moteur et une œuvre majuscule. A la hauteur de ton travail considérable il y avait cette discrétion et cette humilité que je ne pourrais nommer tellement elle était grande et singulière à la fois. Inspirante …
Alain faisait sa mosaïque, toi ta Gestalt et tout semblait couler dans votre paradis de verdure.
Dans les dernières années je t’ai vu en souffrance physiquement mais quasiment jamais je ne t’ai entendu te plaindre. Je t’encourageais à prendre soin de toi. Tu répondais par plus de profondeur et d’exploration encore. Tu as gardé la porte ouverte pour que la lumière passe toujours.
Tu étais toujours généreuse dans tes partages et curieuse dans tes explorations.
Un jour tu étais physiquement mal, prostrée, tu m’as demandé d’écouter mon premier album, mon CD, ma musique, c’était déjà un honneur. Puis tu t’es levée et tu as commencée à danser, à bouger, à te mouvoir et t’émouvoir, tes larmes ont coulé sur tes joues et tu t’émerveillais de ce qui se passait. J’assistais émerveillé au déploiement d’une Gestalt soutenue par mon chant (et non mon champ).
On était bien fêlés, mais ça laissait passer la lumière, et on était heureux !
Je garderais encore nos sourires et nos rires, car on s’est bien marré aussi ! Notre discours était toujours politique et engagé, discret mais rarement timoré.

Merci Christine de m’avoir encouragé sur ce beau chemin phénoménologique et Gestaltiste. Tu seras bien avec moi à chaque fois que j’ouvrirai et fermerai cette porte derrière laquelle se jouent des destins, se racontent des vies brisées et se réhabilitent la beauté de ce que tu savais si bien incarner au monde : une profonde humanité.
Merci mon amie,
Tu vas me manquer, beaucoup, c’est certain.